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Licenciement économique : indemnités et procédure 2026

Comment se passe un licenciement économique et quelles indemnités sont versées ? Procédure, calcul, CSP, délais légaux : tout ce qu'il faut savoir en 2026.

Par Clément Garnier 10 min de lecture
Licenciement économique : indemnités et procédure 2026

Le licenciement économique ouvre droit à des indemnités spécifiques dès lors que le salarié justifie d'au moins 8 mois d'ancienneté. Les articles R1234-1 à R1234-5 du Code du travail fixent le plancher : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans, puis 1/3 de mois au-delà. Côté procédure, les règles sont strictes : convocation, entretien préalable, critères d'ordre des licenciements, proposition du contrat de sécurisation professionnelle (CSP). Leur non-respect expose l'employeur à des sanctions sérieuses. Ce guide passe en revue chaque étape et chaque indemnité, avec les références légales à jour.

Qu'est-ce qu'un licenciement pour motif économique

Le licenciement pour motif économique est défini à l'article L1233-3 du Code du travail (version en vigueur au 12 avril 2026, Legifrance). Concrètement, c'est un licenciement motivé par des raisons non inhérentes à la personne du salarié. La loi identifie quatre familles de motifs recevables :

  • Difficultés économiques : baisse significative du chiffre d'affaires ou des commandes sur une durée consécutive fixée selon l'effectif (1 trimestre pour moins de 11 salariés, 2 trimestres pour 11 à 49 salariés, etc.).
  • Mutations technologiques : introduction d'une nouvelle technologie entraînant la suppression ou la transformation d'un emploi.
  • Réorganisation nécessaire : réorganisation indispensable à la sauvegarde de la compétitivité.
  • Cessation d'activité : fermeture totale et définitive de l'établissement ou de l'entreprise.

La Cour de cassation, dans sa décision du 26 février 2026 (village-justice.com), rappelle un principe constant : le juge se place à la date du licenciement pour apprécier la réalité du motif économique. Pas question de régulariser après coup une décision prise sans cause économique réelle.

Prenons un exemple typique : un salarié dont le poste est supprimé à la suite de la fermeture d'une ligne de production entre clairement dans le champ du licenciement économique. Une simple réorganisation sans suppression ni transformation effective d'emploi, en revanche, ne suffit pas. La suppression doit être effective et établie (Dalloz, 7 août 2025).

Pour une vue d'ensemble des droits attachés à ce type de rupture, consultez notre guide sur le licenciement économique procédure et indemnités.

Les étapes de la procédure de licenciement économique

La procédure varie selon le nombre de salariés licenciés et l'effectif de l'entreprise. Mais les grandes étapes restent communes à tout licenciement économique individuel ou collectif portant sur moins de 10 salariés.

Étape 1 : Consultation des représentants du personnel : dans les entreprises d'au moins 50 salariés, le CSE doit être informé et consulté avant toute décision.

Étape 2 : Recherche de reclassement : l'employeur doit proposer des offres de reclassement avant d'envoyer la moindre convocation. Ces offres doivent comporter 6 mentions légales obligatoires : intitulé du poste, qualification, salaire, localisation, nature du contrat, durée du travail. Selon village-justice.com (2026), même une omission partielle : l'absence de la classification du poste, par exemple : peut suffire à entraîner l'annulation du licenciement.

Étape 3 : Convocation à l'entretien préalable : l'employeur convoque le salarié par lettre recommandée ou remise en main propre, avec un délai minimal de 5 jours ouvrables entre la convocation et l'entretien.

Étape 4 : Entretien préalable : le salarié peut se faire assister par un représentant du personnel ou, en l'absence de représentants dans l'entreprise, par un conseiller du salarié extérieur.

Étape 5 : Proposition du CSP : lors de l'entretien, ou au plus tard le lendemain, l'employeur remet la proposition de contrat de sécurisation professionnelle au salarié ayant au moins 1 an d'ancienneté. Ce dernier dispose de 21 jours calendaires pour accepter ou refuser.

Étape 6 : Notification du licenciement : la lettre ne peut partir qu'après l'entretien, et pas avant un délai de 7 jours ouvrables (15 jours pour un cadre).

L'article L1233-43 du Code du travail précise que, sur demande écrite du salarié, l'employeur doit indiquer par écrit les critères retenus pour fixer l'ordre des licenciements : ancienneté, charges de famille, situation de salariés dont la réinsertion professionnelle est particulièrement difficile, qualités professionnelles.

L'essentiel

  • L'indemnité légale de licenciement économique est au minimum de 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans, puis 1/3 de mois au-delà (articles R1234-1 à R1234-5 du Code du travail).
  • La procédure comporte des étapes obligatoires : recherche de reclassement, entretien préalable, proposition du CSP sous 21 jours, puis notification du licenciement ; tout manquement expose l'employeur à des sanctions.
  • Le contrat de sécurisation professionnelle (CSP) offre une allocation à 75 % du salaire journalier de référence pendant 12 mois, nettement supérieure à l'allocation chômage classique de 57 %.
  • Le salarié dispose d'un délai de 12 mois pour contester le licenciement devant les prud'hommes, et d'une priorité de réembauche d'1 an à compter de la rupture.
  • En l'absence de motif économique réel, la Cour de cassation (18 mars 2026, pourvoi n° 22-10.903) impose à l'employeur de rembourser les allocations versées via le CSP.

Calcul de l'indemnité de licenciement économique

L'indemnité légale de licenciement constitue le socle minimal garanti. Elle est calculée selon les articles R1234-1 à R1234-5 du Code du travail (Legifrance) sur la base du salaire de référence, retenu comme le plus favorable entre :

  • La moyenne des 3 derniers mois de salaire brut (avec intégration au prorata des primes annuelles).
  • La moyenne des 12 derniers mois de salaire brut.

Le barème légal minimal s'applique ainsi :

  • 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté pour les années jusqu'à 10 ans.
  • 1/3 de mois de salaire par année d'ancienneté à partir de la 11e année.

Exemple concret : un salarié avec 14 ans d'ancienneté et un salaire de référence de 2 800 € brut perçoit : (10 × 2 800 × 1/4) + (4 × 2 800 × 1/3) = 7 000 + 3 733 = 10 733 € bruts.

Pour visualiser ces montants selon différentes durées d'ancienneté, le tableau indemnité de licenciement économique permet de comparer rapidement les calculs applicables à votre situation.

Cette indemnité est exonérée d'impôt sur le revenu dans la limite du montant prévu par la convention collective ou, à défaut, dans la limite de 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS). Même exonération du côté des cotisations sociales, dans les mêmes limites.

Certaines conventions collectives ou accords d'entreprise prévoient une indemnité supralégale, plus avantageuse que le barème légal (la pratique montre que c'est fréquent dans les grandes branches industrielles). L'employeur applique alors le montant le plus élevé. Pour comparer les montants selon votre ancienneté, utilisez notre simulateur indemnité licenciement économique.

Indemnité compensatrice de préavis et autres sommes versées

Plusieurs sommes s'ajoutent à l'indemnité de licenciement proprement dite. En voici le détail.

L'indemnité compensatrice de préavis est due si le salarié n'effectue pas son préavis ou si l'employeur l'en dispense. La durée légale est :

  • 1 mois pour les salariés entre 6 mois et 2 ans d'ancienneté.
  • 2 mois pour les salariés ayant au moins 2 ans d'ancienneté.

La convention collective peut allonger ces durées, souvent jusqu'à 3 mois pour les cadres.

Le solde de tout compte regroupe l'ensemble des sommes restant dues : salaire du mois en cours, congés payés non pris, prime de treizième mois au prorata, etc.

Le contrat de sécurisation professionnelle (CSP) mérite une attention particulière. Si le salarié l'accepte, le contrat de travail est rompu à l'issue du délai de réflexion de 21 jours. L'employeur verse alors à l'Unédic une contribution équivalente à l'indemnité compensatrice de préavis : le salarié est libéré du préavis tout en conservant son maintien de revenu. Legifrance précise que cet employeur finance le CSP par ce versement représentatif de l'indemnité compensatrice de préavis (articles L1233-65 et suivants).

Pour les salariés de plus de 55 ans, certaines conventions collectives prévoient des majorations spécifiques. Retrouvez le détail dans notre article sur l'indemnité de licenciement économique plus de 55 ans.

Le contrat de sécurisation professionnelle (CSP) : fonctionnement et intérêt

Le CSP est un dispositif d'accompagnement renforcé que l'employeur doit obligatoirement proposer à tout salarié licencié pour motif économique dans une entreprise de moins de 1 000 salariés (ou en redressement/liquidation judiciaire, quelle que soit la taille). Il est géré par l'Unédic en lien avec France Travail.

En cas d'acceptation, le salarié perçoit pendant 12 mois une allocation de sécurisation professionnelle (ASP) égale à 75 % du salaire journalier de référence, à condition de justifier d'au moins 1 an d'ancienneté. C'est nettement supérieur aux 57 % de l'allocation chômage classique (ARE). La différence n'est pas anodine sur un an.

Contrepartie : le salarié s'engage à suivre un parcours de reclassement intensif (bilan de compétences, formations qualifiantes, accompagnement personnalisé). Le contrat de travail cesse dès l'acceptation : plus de préavis à effectuer.

Si le salarié refuse le CSP, il perçoit l'indemnité compensatrice de préavis et s'inscrit à France Travail dans les conditions habituelles. Selon village-justice.com (décembre 2024), un salarié ayant plus d'1 an d'ancienneté a généralement intérêt à accepter, notamment pour le taux d'allocation plus élevé.

Mais attention : la Cour de cassation, dans un arrêt du 18 mars 2026 (pourvoi n° 22-10.903), rappelle qu'en l'absence de motif économique réel, le CSP devient « sans cause » et l'employeur doit rembourser les allocations versées à France Travail. Raison de plus pour s'assurer que le motif économique est rigoureusement fondé avant d'enclencher la procédure.

Cas particulier : le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE)

Quand une entreprise d'au moins 50 salariés envisage de licencier 10 salariés ou plus sur 30 jours, elle est tenue d'élaborer un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), régi par les articles L1233-61 à L1233-64 du Code du travail.

Le PSE doit prévoir :

  • Des mesures de reclassement interne et externe : mutations, formations, aide à la création d'entreprise.
  • Des mesures d'accompagnement : congé de reclassement (4 mois minimum, pouvant aller jusqu'à 12 mois selon l'accord), aides à la mobilité géographique.
  • Un tableau de bord des suppressions de postes par catégorie professionnelle.

Dans ce cadre, les indemnités versées sont souvent supralégales. Les négociations entre l'employeur et les organisations syndicales peuvent aboutir à des indemnités majorées, des primes de départ volontaire, ou des dispositifs de maintien de salaire pendant la recherche d'emploi.

La validation ou l'homologation du PSE par la DREETS (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) est obligatoire. Sans cette homologation, les licenciements prononcés dans ce cadre sont purement et simplement nuls.

Le salarié licencié dans le cadre d'un PSE peut contester la procédure devant le conseil de prud'hommes dans un délai de 12 mois à compter de la notification du licenciement. Pour les modalités de contestation, consultez notre guide prud'hommes : saisir et contester un licenciement.

Sources

Fiche pratique

Textes de référenceArt. L1233-3, L1233-43, L1233-45, L1233-65, L1235-3, L1235-7, R1234-1 à R1234-5 du Code du travail
Ancienneté minimale pour indemnité8 mois d'ancienneté ininterrompue
Barème légal (tranches)1/4 de mois/an jusqu'à 10 ans ; 1/3 de mois/an au-delà
Délai convocation/entretien5 jours ouvrables minimum
Délai entretien/notification7 jours ouvrables (15 jours pour un cadre)
Délai de réflexion CSP21 jours calendaires
Durée allocation CSP (ASP)12 mois à 75 % du salaire journalier de référence
Délai contestation prud'hommes12 mois à compter de la notification du licenciement (art. L1235-7)
Priorité de réembauche1 an à compter de la rupture du contrat (art. L1233-45)
PSE obligatoireEntreprises ≥ 50 salariés avec ≥ 10 licenciements sur 30 jours
Homologation PSEDREETS (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités)
Juridiction compétenteConseil de prud'hommes du lieu de travail
Contacts officielsservice-public.fr/particuliers, France Travail (francetravail.fr), Unédic (unedic.org)

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Consultez un avocat ou un professionnel du droit pour toute situation concrète.

Questions fréquentes

Quelle est l'indemnité à verser en cas de licenciement économique ?

L'employeur doit verser une indemnité légale de licenciement calculée selon les articles R1234-1 à R1234-5 du Code du travail : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans, 1/3 de mois au-delà. S'y ajoutent l'indemnité compensatrice de préavis (si le préavis n'est pas effectué), l'indemnité compensatrice de congés payés non pris, et le cas échéant une indemnité supralégale prévue par la convention collective applicable.

Comment se calcule l'indemnité de licenciement économique ?

Le calcul s'appuie sur le salaire de référence, retenu comme le plus favorable entre la moyenne des 3 derniers mois ou la moyenne des 12 derniers mois de salaire brut. On applique ensuite le barème légal : 1/4 de mois par année pour les 10 premières années, 1/3 de mois par année à partir de la 11e. Exemple chiffré : 14 ans d'ancienneté avec 2 800 € de salaire de référence = (10 × 700) + (4 × 933) = 10 733 € bruts.

Quelles sont les étapes d'un licenciement économique ?

Les étapes obligatoires sont les suivantes : consultation des représentants du personnel dans les entreprises de 50 salariés et plus, recherche de reclassement, convocation à l'entretien préalable (délai minimal de 5 jours ouvrables), tenue de l'entretien, proposition du CSP pour les salariés ayant au moins 1 an d'ancienneté, puis notification du licenciement par lettre au moins 7 jours ouvrables après l'entretien (15 jours pour un cadre).

Quelle est la prime suite à un licenciement économique ?

Au-delà de l'indemnité légale, le salarié peut percevoir une prime supralégale prévue par la convention collective ou un accord d'entreprise : c'est notamment fréquent dans le cadre d'un PSE. En acceptant le CSP, il bénéficie en outre d'une allocation de sécurisation professionnelle (ASP) à hauteur de 75 % du salaire journalier de référence pendant 12 mois, sous réserve d'au moins 1 an d'ancienneté.

Peut-on contester un licenciement économique aux prud'hommes ?

Oui. Le salarié dispose de 12 mois à compter de la notification du licenciement pour saisir le conseil de prud'hommes (article L1235-7 du Code du travail). Il peut contester le motif économique, le non-respect de la procédure ou les critères d'ordre des licenciements. En cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, l'article L1235-3 prévoit un barème d'indemnisation judiciaire fixant planchers et plafonds selon l'ancienneté et la taille de l'entreprise.